samedi 12 mars 2011

Vieilleries retrouvées.

"A travers le miroir, l’Autre me regarde. Me fusille de ses pupilles réfléchies. L’Autre le sent, mais ne peut rien faire. Moi, oui.

Tout cela avait commencé il y a quelques mois. Cela s’était fait progressivement. L’ombre d’une caresse, un murmure, un souffle. Au début, cela m’avait intriguée, mais je n’y avais guère porté beaucoup d’attention. Après tout, ce n’étaient que des coïncidences. Un courant d’air, un jeu de lumières. Quels mots placer là-dessus, de toute manière ? Aucuns. Mais bientôt, je dus me rendre à l’évidence. Mes pressentiments et ressentis ne laissaient plus de doute, leur fréquence augmentait, me laissant livrée à l’angoisse de phénomènes inexplicables. Je ne le savais pas encore, mais l’Autre s’impatientait, l’Autre fulminait. Familiarisée à ma personne depuis quelques temps, l’Autre n’attendait plus qu’une chose : prendre ma place. Car l’Autre me connaissait bien. L’Autre savait à quel point j’étais fragile, vulnérable. A quel point ma vie était devenue un enfer. Alors, l’Autre m’avait choisie. Progressivement, elle s’était insinuée en moi, avait pris possession de mon corps, de mes sens, de mon être. Au fil des jours, mon entourage m’avait délaissée, sans comprendre. On me disait changée, différente… Autre. Mais parfois, parfois, j’arrivais à reprendre possession de mes chairs, de mon esprit et je tentais tant bien que mal de reprendre le contrôle. L’Autre n’aimait pas ça. L’Autre n’avait pas prévu que moi, pauvre petite chose décharnée, je puisse me battre aussi violemment pour ne pas me perdre. Car j’avais pris conscience de la beauté de ma vie, celle d’avant. J’avais réalisé, maintenant que j’avais tout perdu, à quel point j’avais été aveugle. Dans les jours les plus noirs, j’avais voulu en finir. Quelle ineptie. Aujourd’hui, j’étais bloquée dans mon propre corps, impuissante… Ou presque. L’Autre ne gagnerait pas. L’Autre ne me prendrait pas ma vie, non. Le seul être qui ait le droit de m’en priver, c’était moi-même. Et aujourd’hui, en ce moment même,  j’avais le contrôle.

A travers le miroir, l’Autre me regarde. Me fusille de ses pupilles réfléchies. L’Autre le sent, mais ne peut rien faire. Moi, oui."

© Casgan

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