vendredi 28 octobre 2011

Alone.

Be it the one left behind. The one with a secret. The one who's scared.
We are all alone.

Some of us claim they like it, some of us claim they don't care. But really, it's just human nature - we all hate it. Fear it. Avoid it. Whatever we say or think we believe, we're all looking for a hand to hold. For a pair of eyes laid upon us, for a look that says I'm here for you, I'm here with you. You're not alone. You can count on me.

One will seek a family. Someone to kiss him goodnight, to tell him about life and what the future holds. A hand held out for him to take.
One will want someone to listen. Someone to say it will never happen again, that the nightmare's far, far away. Someone to give her hope.
One will want someone to be held by. Arms in which to rush, a barrier against the world. Someone to say I understand. Someone who'll stay.

But all, yes, all will want to hear the same thing. It's going to be allright.
And how could you possibly be, when you're on your own?

Maybe one day, you'll look at the stars, and know. Or perhaps you'll just stare into a mirror, and not recognize the person looking helplessly back at you. Or look into the eyes of the one that sent you where you are.

But you'll know.

You might end up saying loneliness is cool, that it can be fun. You might be longing for it. You might hide behind it. But in the end...

We're all just waiting for 
the right persons to show up.
And you, too.

vendredi 12 août 2011

samedi 12 mars 2011

Vieilleries retrouvées.

"Il fait chaud. Chaud, chaud comme jamais. On étouffe ici, on suffoque, on se liquéfie. Chaque parcelle de mon corps s’évapore, fond, dégouline le long de ma peau caramel tandis que le soleil me dore. Me dévore. Peut-on se fondre en lui ? S’offrir à cette puissante lampe qui m’assèche ? L’eau que je fais couler dans ma bouche est fraiche, et je la sens dévaler les parois de ma gorge, doucement, lentement, comme si elle voulait s’y attarder, longuement, patiemment. Elle veut me soulager de mon étouffante torpeur, mais il faudrait pour cela que je m’immerge en elle. Je la regarde, la contemple. Fascinantes petites molécules essentielles, vitales. Eau. H2O. O. Haut. Bas. La tête me tourne, je n’y vois plus bien. L’astre violent m’assène des coups, je ne fais pas le poids. Je m’écrase au sol. Mes yeux aimeraient se fermer, mais je n’en ai plus la force. Ma vision se trouble, s’efface. Je me sens partir, à mesure que ce liquide chaud, brulant, terrifiant vient caresser mon visage. De l’eau ? H2O ? O ? Non. Du sang. Mais déjà, je m’envole. L’astre terrifiant m’appelle, sa chaleur me brûle et je veux me consumer. Je ne peux plus attendre. La chaleur me dévore et me terrifie, mais je dois la pousser à son apogée. J’accélère, j’accélère, et… Là. Dans une explosion, j’y suis. La chaleur ne m’effraie plus, ne me brûle plus. J’ai atteint un niveau de plénitude indescriptible. Je me sens une et infinie, sage, et absolue.

Je suis l’astre solaire."

© Casgan

Vieilleries retrouvées.

"Déjà, leurs ombres s’effacent. Le soleil s’en va, ne laissant derrière lui qu’un halo à peine visible de lueurs orangées. Sous la lumière tamisée de l’infini, je me questionne. Sur le futur, sur le passé. Sur la personne que je suis, et ce que j’ai pu faire pour en arriver là. J’aimerais me dire que tout cela était écrit, que je n’en suis pas responsable. Pourtant… Tout ce que je vois, c’est la situation dans laquelle je suis, conséquence directe de mes choix. On pourrait débattre de l’existence du libre arbitre, mais je pense qu’il serait trop facile de le croire fictif. Bien sûr, que j’assume mes actes. Autrement, qui pourrait bien le faire ? L’auteur de ma vie, c’est moi, et le tumulte de pensées agitant mon esprit me le prouve bien. Je tourne légèrement la tête, pour m’assurer de ce que je sais déjà. Je soupire, impuissante. Le vent caresse mes épaules, et la douce fraîcheur de la nuit  tombante engendre un million de frissons le long de mon échine. J’aimerais croire que tout ceci n’est qu’un rêve, ou un cauchemar, je ne sais pas.  Que bientôt, je vais me réveiller et recommencer une nouvelle vie. Malheureusement, nous savons bien tous les deux que cela n’arrivera pas. Là-haut,  quelques étoiles pointent déjà le bout de leur nez. J’aimerais m’envoler avec elles, et ne jamais reposer pied à terre. J’aimerais flotter, vide de toute pensée.  De toute mémoire. De tout sentiment. Si seulement. Si seulement nos regards ne s’étaient jamais croisés. Peut-être alors ne nous serions jamais découverts. Jamais aimés. Jamais dévorés. Peut-être, n’aurions nous pas été animés de cette passion dangereuse et sans retour. Nos vies tristes et monotones auraient sans doute poursuivi leur cours, et aujourd’hui… Aujourd’hui serait différent.

Je suis tout en haut d’une colline. Notre colline. Celle ou nous avons tout vécu. Tout. Aujourd’hui, une fois de plus, nous nous sommes disputés. C’est aussi ça, la passion. Mais cette fois-ci, ce fût la fois de trop. Un accès de colère. Des sentiments exacerbés. Une passion incontrôlable. Une pierre. Du sang. A côté de moi, il gît, immobile. Nos souvenirs, notre amour, notre vie… Déjà, leurs ombres s’effacent. Je rejoins les étoiles. "

© Casgan

Vieilleries retrouvées.

"J’ouvre les yeux. Autour de moi, le Noir absolu gouverne. Je suis allongée sur ce qui me semble être du béton. Il fait froid, mais pas trop. Juste assez pour que je ressente des frissons dresser le duvet de mes bras. Je grelotte. Passant en position assise, je passe ma main devant moi, tout autour et au dessus de ma tête. Aucun obstacle ne semble être situé à proximité de mon corps. Mais qu’est-ce que je fais ici… Je tente de me lever, en vain. Mes jambes se dérobent sous moi, je suis incapable de trouver la force nécessaire pour me tenir debout. Ils m’ont droguée. Génial. J’essaye, malgré l’absurdité de l’action, d’y voir quelque chose. J’ai beau refouler en moi ces sentiments, je suis absolument terrorisée… Mais je ne peux pas céder à la panique, sinon c’est la fin. Malgré tout, mon cœur s’emballe et ma respiration devient difficile à maîtriser. Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça… Me coupant dans mes pensées, d’énormes spots de lumière s’allument d’un coup tout autour de moi, et je ne peux empêcher un cri de terreur de m’échapper. Mes yeux mettent quelques secondes à s’accoutumer à l’aveuglante clarté, avant que je ne réalise que je trône au milieu d’un immense hangar… Totalement vide. Seul le béton y est omniprésent, recouvrant sols, murs et plafond. Je cherche tout autour de moi une issue, mais n’en vois aucune. C’est impossible, on a bien dû me faire entrer par quelque part. Mais j’ai beau chercher, je ne trouve aucune porte, fenêtre, ou trappe… Je suis prise au piège. Aucun moyen de m’enfuir. Qu’est ce que je vais faire… 

Une voix retentit alors, comme sortant tout droit d’un cauchemar, terrible et tonitruante : 

- Danse.

Quoi ? Mais d’où sort cette voix ? Et qu’est-ce que c’est que cet ordre ?

- Est-ce que quelqu’un m'entend ? je tente, la voix brisée d’angoisse. Laissez-moi sortir !

Je continue de chercher du regard un point faible à l’immense boîte de béton dont je suis prisonnière. Mais finalement, la Voix reprend :

- Danse.

Des larmes coulent le long de mon visage. Je suis toujours clouée au sol, incapable de me relever. 

- Je ne peux pas… Je vous en prie, ne me faites pas de mal, ne puis-je m’empêcher de supplier.

Toute la partie inférieure de mon corps est engourdie. Mes oreilles bourdonnent, j’ai la tête qui tourne. Je tremble violemment, de manière incontrôlable. J’ai peur, j’ai si peur. Et tout d’un coup, la voix reprend, résonnant dans tout le hangar.

- Tu vas devoir danser.

Soudain, les murs ne sont plus en béton mais constitués de centaines de tuyaux. C’est impossible… Et enfin, ça commence. Tout au bout du hangar, un des tuyaux crache une immense flamme. Quand celle-ci s’éteint, un autre tube de métal, bien plus proche de moi, reproduit la même action. Je crie de surprise, et plus fort encore quand la flamme passe dans un tuyau encore plus proche. Le manège se poursuit, la flamme repart un peu plus loin avant de revenir toujours plus proche. Je me traîne au sol, tétanisée et totalement gouvernée par la panique. 

- Arrêtez ! je hurle. Arrêtez je vous en supplie !

Une flamme me frôle, et je sens son souffle brûlant contre mon visage. 

- LAISSEZ-MOI TRANQUILLE !

Le rythme entêtant des jets de flamme s’accélère, venant de devant, de derrière, de gauche, de droite… La provenance des lampées meurtrières est imprévisible, et mes jambes inutiles m’empêchent de me déplacer efficacement.
Mais peu à peu, ce n’est plus une flamme qui se balade, mais des dizaines qui dansent le long du hangar, pratiquement impossibles à éviter. La chaleur environnante monte en flèche et je me liquéfie en même temps que les flammes lèchent les contours de mon corps.

- JE VOUS EN PRIE, ARRÊTEZ !

Mais rien à faire, le ballet solaire poursuit son cours. De plus en rapide, de plus en plus puissant. Des brûlures sont désormais visibles sur tout mon corps, mes vêtements sont par endroits dévorés par les flammes, et des mèches de mes longs cheveux sont parties
en fumée. 

- Tu n’as pas voulu danser. Maintenant, c’est trop tard.

Les flammes s’arrêtent d’un coup. Mon corps et mon visage sont ensanglantés, l’air étouffant me prive presque d’oxygène et les larmes que je verse me brûlent comme de l’acide. Entre deux sanglots, je parviens à murmurer :

- Laissez-moi partir… S’il vous plaît…

Mais, impassible, la voix me répète :

- Maintenant, c’est trop tard.

Les spots s’éteignent et je me retrouve à nouveau dans l’obscurité, avec mes seuls sanglots pour briser le silence. Mais alors, sans avertissement aucun, les ténèbres se déchaînent. Ce n’est plus un, ni deux, ni dix tuyaux qui crachent l’enfer, mais tous en même temps, de manière à ce que le hangar soit transformé en une terrible fournaise. En moins de deux, je sens mon corps entier prendre flamme. Dans un hurlement d’agonie, je sens la vie me quitter et mon corps se désintégrer. 

Cette fois-ci, c’est la fin.


Ou peut-être pas. La douleur a disparu, la paralysie aussi. Cette fois, quand j’ouvre les yeux, le hangar est différent. Une lumière tamisée l’éclaire, et les tuyaux ont disparu. Je regarde mon corps, mes vêtements, mes cheveux… Tout est intact. Cette fois, ce n’est pas l’horrible voix cauchemardesque que j’entends résonner, mais le timbre d’une petite fille qui chuchote à mon oreille :

- Maintenant, tu sais ce que ça fait.

Je fais volte-face pour voir qui me parle, mais le Noir enveloppe à nouveau tout. Je perds connaissance. 

***

En sursaut, je reviens à moi. Plus de hangar, plus d’aveuglante lumière ou de tuyaux. Juste ce lit blanc, et ce rideau à ma droite. Ce bip régulier et cette aiguille dans mon bras. Un homme en blouse blanche surgit de derrière le rideau, la mine sévère mais décomposée. Il me salue, me dit que je vais bien malgré une côte fracturée. Me demande si je me rappelle de quelque chose. Je lui réponds que non.

- Vous avez eu un accident de voiture hier soir, Mademoiselle. Vous étiez ivre et vous avez grillé une priorité, ce qui fait que vous avez percuté une voiture de plein fouet. Dedans, il y avait une mère et sa fille… La mère est morte sur le coup, mais la petite n’a pas eu ce privilège. La voiture a pris feu et ses jambes étaient bloquées, elle n’a pas pu se dégager. Elle a brûlé vive jusqu’à son décès.

Le monde entier tourne autour de moi. Des flashs me reviennent, la fête chez un ami, l’alcool qui avait coulé à flot, moi, complètement saoule, prenant le volant et… l’horreur que j’ai provoquée. 

Prise de vertige, je perds pied avec la réalité. Seule, dans mon esprit, cette voix qui résonne et résonnera encore pendant de longues années.

Maintenant, tu sais ce que ça fait."



© Casgan


Vieilleries retrouvées.

"A travers le miroir, l’Autre me regarde. Me fusille de ses pupilles réfléchies. L’Autre le sent, mais ne peut rien faire. Moi, oui.

Tout cela avait commencé il y a quelques mois. Cela s’était fait progressivement. L’ombre d’une caresse, un murmure, un souffle. Au début, cela m’avait intriguée, mais je n’y avais guère porté beaucoup d’attention. Après tout, ce n’étaient que des coïncidences. Un courant d’air, un jeu de lumières. Quels mots placer là-dessus, de toute manière ? Aucuns. Mais bientôt, je dus me rendre à l’évidence. Mes pressentiments et ressentis ne laissaient plus de doute, leur fréquence augmentait, me laissant livrée à l’angoisse de phénomènes inexplicables. Je ne le savais pas encore, mais l’Autre s’impatientait, l’Autre fulminait. Familiarisée à ma personne depuis quelques temps, l’Autre n’attendait plus qu’une chose : prendre ma place. Car l’Autre me connaissait bien. L’Autre savait à quel point j’étais fragile, vulnérable. A quel point ma vie était devenue un enfer. Alors, l’Autre m’avait choisie. Progressivement, elle s’était insinuée en moi, avait pris possession de mon corps, de mes sens, de mon être. Au fil des jours, mon entourage m’avait délaissée, sans comprendre. On me disait changée, différente… Autre. Mais parfois, parfois, j’arrivais à reprendre possession de mes chairs, de mon esprit et je tentais tant bien que mal de reprendre le contrôle. L’Autre n’aimait pas ça. L’Autre n’avait pas prévu que moi, pauvre petite chose décharnée, je puisse me battre aussi violemment pour ne pas me perdre. Car j’avais pris conscience de la beauté de ma vie, celle d’avant. J’avais réalisé, maintenant que j’avais tout perdu, à quel point j’avais été aveugle. Dans les jours les plus noirs, j’avais voulu en finir. Quelle ineptie. Aujourd’hui, j’étais bloquée dans mon propre corps, impuissante… Ou presque. L’Autre ne gagnerait pas. L’Autre ne me prendrait pas ma vie, non. Le seul être qui ait le droit de m’en priver, c’était moi-même. Et aujourd’hui, en ce moment même,  j’avais le contrôle.

A travers le miroir, l’Autre me regarde. Me fusille de ses pupilles réfléchies. L’Autre le sent, mais ne peut rien faire. Moi, oui."

© Casgan

Vieilleries retrouvées.

"Il marchait, sans un mot. Le vent jouait doucement avec les mèches de ses cheveux retombant négligemment sur son front. Enfouissant le menton dans son écharpe, il frissonna. Pour sûr, la température n’était pas très élevée. Une image de sable chaud et de palmiers traversa son esprit. Une image douce, agréable… Mais ce n’était ce qu’il désirait réellement, à ce moment précis. Une seule chose occupait ses pensées. Une seule personne, plus précisément.  Il l’aurait aimée grande, blonde, avec du caractère. Qu’elle fasse tourner des têtes mais qu’elle ne voie que lui. Il l’aurait aimée douce mais joueuse, cultivée, passionnée. Par lui, par le monde. Ils auraient parlé des heures durant, se seraient aimés. Un couple parfait, que tout le monde aurait admiré et envié. Mais, bien sûr, on ne choisit pas. La personne occupant ses pensées n’étaient ni très belle, ni très populaire. Elle n’était pas ce qu’on aurait pû appeler un modèle, à quelque niveau que ce soit. Mais cette personne l’attirait, le tourmentait. Cette personne était différente de toutes les autres, elle avait ce petit quelque chose en plus qui faisait que c’était la bonne. Une part de mystère qui l’invitait à s’y intéresser. Et sa voix, sa voix ne le quittait jamais. Une voix envoutante et mélodieuse, mystérieuse… Une invitation. Tout ne dépendait que de lui, en fait - il savait qu’il ne serait pas repoussé, bien au contraire. Car l’objet de ses pensées n’attendait que ça. Mais était-il prêt ? Prêt à se lancer, prêt à sombrer ? Sombrer dans la passion… Mais le fait d’y penser, il le savait, signifiait qu’il connaissait déjà la réponse. Demain, il ferait le grand saut, peu importeraient les conséquences. De toute façon, il ne pouvait plus résister. Demain, deux hommes marcheraient.

Main dans la main."

© Casgan

lundi 21 février 2011

Inspiré d'une scène dont j'ai été témoin.

"Un regard, puis deux, puis trois. Comme d’habitude, je sens que tous sont braqués sur moi. N’importe où. N’importe quand. Je marche dans la rue, le menton haut, bien haut, essayant de faire illusion. Mais mes yeux me trahissent - rivés au sol, essayant d’éviter les passants, d’éviter ceux qui me dévisagent, comme toujours. Sur mon passage, j’essuie remarques et moqueries, insultes et railleries. Je déplais. Pourtant, je n’ai jamais voulu déranger qui que ce soit. J’ai toujours été calme, et agréable. J’ai toujours respecté mon prochain, et mon parcours professionnel aurait pu être des plus respectables. Si l’on m’en avait donné la chance.

Si je n’avais pas été… Autre.


Aujourd’hui, mais ce n’est pas la première fois, un agent de sécurité se place devant moi pour me protéger. Dans cette gare froide et humide où j’étais venue acheter mes cigarettes, une jeune fille ne supporte pas de nous voir, moi et ma différence. Lorsque ses yeux se posent sur moi pour la première fois, je sens cet éternel frisson parcourir mon échine. Peur. Honte. Douleur. Une étincelle de haine illumine ses pupilles, et l’adolescente s’approche de moi, suivie de sa bande d’une dizaine de garçons et filles hostiles. Elle me cherche, me provoque. Tente une insulte. Je ne réagis pas. En lance une deuxième. 


Je continue mon chemin, me réfugiant dans la papeterie où j’ai l’habitude d’acheter mes cigarettes. Les jeunes n’entrent pas mais se campent juste devant, me hurlant des insultes plus violentes les unes que les autres. Le gérant leur demande de partir, mais finit par appeler la sécurité, faute de résultats. A côté du comptoir, je tremble. Tous m’observent, moi, la cause de ce trouble, l’éternelle coupable. Si je pouvais disparaître six pieds sous terre, j’y plongerais. J’ai l’impression de passer une éternité debout, là, à attendre qu’ils s’en aillent pendant que la foule de voyageurs me dévisage. Un agent finit par m’escorter hors du magasin, mais la jeune fille à l’origine du scandale n’a pas dit son dernier mot. Enragée, elle hurle à qui veut l’entendre de me regarder, que je suis une insulte à la nature. Qu’on ne peut pas me laisser en liberté. Ses yeux emplis de dégout ne cessent de revenir vers moi, et c’est finalement sous une marée de cris et de huées de la part de ses acolytes que je quitte le bâtiment, seule, alors que l’agent de sécurité, blasé, parle à des témoins de la scène, choqués.


Je marche vite, et mes talons claquent sur l’asphalte.  Mon cœur bat si fort que ma poitrine explose, et j’ai du mal à respirer. Mes mains tremblent, ma tête tourne. Je ne sais pas si la jeune fille va me suivre, si elle va m’attendre au coin d’une rue avec sa bande. Peut-être me cogneront-ils jusqu’à la mort, peut-être se contenteront-ils de m’humilier et de me couvrir encore une fois d’insultes. Si ce n’est pas eux, peut-être cela en sera-t-il d’autres. 


Devant tous, j’ai tenté de garder une contenance malgré ma douleur, malgré l’humiliation, malgré la terreur. L’illusion n’a sans doute été que très modeste. Désormais à l’abri des regards, je me laisse aller aux larmes qui coulent le long de mon visage. Larmes de rage. Larmes de honte.
Sans doute vivrai-je toujours avec cette peur, avec ce sentiment d’être observée et jugée à mon moindre mouvement. Sans doute les gens ne pourront-ils jamais s’empêcher de me dévisager. Sans doute revivrai-je encore des dizaines de scènes comme celle-ci, tout cela parce que, trente-deux ans plus tôt, je suis née avec un sexe qui n’était pas le mien. Avec un corps d’homme. Mais je suis femme, et de cela je n’ai jamais douté. 


Alors aujourd’hui, je ne me cache plus, et je vis comme celle que j’aurais dû être. J’aurais tant aimé naître fille, devenir femme. Etre  jolie et fine, plaire aux garçons, puis aux hommes. Qu’on n’aie pas peur de moi, et qu’on me sourie en me disant bonjour. Sentir se poser sur moi le regard de quelqu’un qui m’aime. J’aurais aimé être comme toutes les autres femmes, avec leurs joies et leurs déboires. Et pourtant… 

Pourtant, je suis autre."


© Casgan




J'ai effectivement assisté à l'agression verbale d'un travesti hier, dans la gare de Luxembourg. 
Vous n'imaginez pas la haine que j'ai pu ressentir à l'égard de la bande de jeunes... 
Et cette fille, cette fille qui HURLAIT dans la gare, "Du Pussy! Sale pute!", la violence de ses propos...
Ca me dépasse. Vraiment, je ne comprends pas qu'on puisse s'en prendre à quelqu'un comme ça, sans raison, avec autant de haine et d'intolérance. Le pauvre n'avait rien fait, RIEN. Il avait simplement choisi d'afficher qu'il était, et de porter une robe et des talons. Et puis? Si vous aviez vu son visage... On voyait qu'il essayait de ne pas perdre la face devant tout le monde, mais il avait l'air tellement blessé, et humilié... 
J'ai vraiment été très choquée par cette scène, et les autres passants aussi. Qu'elle soit physique ou verbale, je ne suis pas habituée à la violence gratuite, et je ne pensais pas qu'une chose pareille puisse encore se produire dans des pays ouverts et évolués comme les nôtres. Un jour il faudra qu'on m'explique en quoi l'identité sexuelle peut faire de quelqu'un une personne inférieure à une autre, parce qu'honnêtement, ça me dépasse. 
Et ça me révolte. 

mardi 15 février 2011

First trip to NYC - Part Four : The Trinity Church Cemetery.

Le Trinity Church Cemetery est un tout petit cimetière qui date de 1842 
et fait directement face à Ground Zero, c'est-à-dire l'immense chantier 
auquel ont laissé place les deux tours du World Trade Center.












First trip to NYC - Part Three : Ground Zero & surroundings.